Grimpe à Table Mountain

Si la vie de responsable de l’exportation d’une p.m.e. est parfois stressante, souvent passionnante car elle conduit d’un bout de la planète à l’autre, génératrice de contacts enrichissants, elle est parfois d’une extrême frustration quand ce moderne colporteur se trouve être un amateur de montagnes ! En général, rentabilité oblige n’est ce pas, ses voyages durant quelques semaines, il doit parfois faire face à diverses situations éminemment frustrantes !Soit il se trouve bloqué dans un plat pays, soit il demeure cloîtré le week-end, contraint par la pluie à rester enfermé dans un hôtel au style bêtement international. Pire encore, se trouvant en déplacement dans un pays de montagne, ses chères montagnes à portée de mains, généralement inconnues pour lui et donc encore plus attractives, mais las, sans compagnon, sans contact local, il doit au mieux se contenter d’une rando approximative, au pire rester contemplatif ! Allons, tout n’est parfois pas si noir et il m’a été donné de démentir cette fatalité !J’ai ainsi pu faire entre autre le Cotopaxi en Equateur, grimper aux Météores, en Corée, et cette fois, last but not least, je me suis régalé en arpentant les parois de Table Mountain, au Cap, en Afrique du Sud. Grâce à la magie d’Internet, j’avais pu quelques semaines auparavant, entrer en contact avec un anglais, personnage sympathique replet et très british, établi là depuis plusieurs années, marié à une Thaï et qui, après avoir bourlingué autour de la planète avait fini par s’installer ici et tenait un restaurant …thaïlandais, vous l’aurez bien sur deviné ! Ah ces anglais ! Ce sont vraiment des voyageurs d’un autre calibre que nous autres frileux français, repérables à notre paraît il savoureux accent quand bien sur, chose finalement assez rare, il nous arrive de tenter de nous exprimer dans la langue de Shakespeare. Mais Whymper, Mummery n’étaient ils pas anglais eux aussi ? Alors en ces temps de célébration de l’entente cordiale quoi de mieux qu’une cordée franco britannique ?

Samedi 8h. Nous sommes dans la file d’attente du téléphérique qui en quelque minutes va nous hisser au sommet de Table Mountain, et les regards soupçonneux ou admiratifs des touristes devant nos gros sacs ne sont pas sans rappeler certains bons passages de l’Amateur d’Abîmes du père Gayet-Tancrède : « alors Monsieur, ces cordes, vous les lancez sur les rochers ? ». C’est un peu le Montenvers du Cap.Curieusement en ce beau week end de l’été austral, ciel limpide et légère brise, alors que dans l’hémisphère nord des trombes d’eau s’abattent sur la France, nous sommes les seuls grimpeurs. J’imagine une telle paroi aussi près de Paris, Londres ou Berlin, quelle cohue ce serait, mais ici rien, ou presque rien, personne le samedi, deux cordées le dimanche.
Le bonheur quoi !A la gare d’arrivée nous franchissons rapidement la plate-forme cimentée, sautons le muret de protection sous les yeux des touristes ébahis, pour nous lancer en plein vide dans une descente assez raide autant qu’insoupçonnable. Rapidement est atteinte une cheminée encaissée au fond de laquelle court un gros tuyau noir en PVC qui collecte les eaux usées du restaurant sommital jusqu’à une station de collecte située tout en bas. C’est « abseil pipe », littéralement les rappels du tuyau, qui en 2x30m nous déposent sur une vire en contrebas.
La végétation est exubérante en cette fin Novembre et mon compagnon m’indique en priorité les caractéristiques du « blister bush » plante arbustive avec des feuilles aux allures de persil ou de céleri, extrêmement toxique, qui au moindre effleurement couvre vos bras ou jambes d’ampoules. Si d’aventure vous avez à subir la caresse venimeuse de ce plaisant végétal, sachez que son venin est photosensible et qu’il vous faut immédiatement couvrir la partie touchée, sauf à craindre une rapide infection, voir des cicatrices durables, garanties d’un cuisant souvenir pour de nombreuses semaines! Bon, mais une fois prévenu un grimpeur averti en vaut deux… ! N’empêche, en habitué des escalades méditerranéenne où l’on se saisit volontiers d’une secourable branche de cade, à la sortie d’une voie j’ai empoigné à pleine mains le tronc d’un de ces fameux arbustes (sans toucher les feuilles heureusement) et venant du relais, une toux flegmatique m’a rappelé à l’ordre « hum, hum, je crois bien que tu ne devrais pas prendre cette branche…

Cordée franco british!!!

Le mur sous les câbles et le tracé de la voie.

Quelques voies.
Quelques voies.

1 Jacob’s Ladder (5b) 2 Roulette 21(6b) 3 Jeopardy (7c+) 4 Double Jeopardy (8a) 5 Captain Hook (6c) 6 Staircase (4) 7 Touch and Go (6a+) BC The Barber’s Chair

Cordée franco british!!!

1/11

Dialogue :

« Tu sais Dave j’utilise parfois un crochet goutte d’eau pour… »

« Oh, but that’s cheating !! » (mais c’est tricher ça!)

Le « shocking my dear » n’était pas trop loin !

Sous la houlette de mon ami, fin connaisseur du site, nous avons ainsi fait une voie le matin et une l’après midi (150m en dénivelé et bien 250 m en linéaire avec ces fameuse traversées) soit 4 voies pour le week end, avec de la marge en fin d’après midi pour une bière réparatrice au sommet !

 

Je vous les recommande :

Touch and Go (6a+), Jacob’s Ladder (5C) ultra classique très belle, Can Can (6a+) Arrow Finale directe (4+) amusante et spectaculaire, directement sous les câbles du téléphérique, (ce qui garantit une « japonisation » féroce : « look there, look climbers! » Clic clac !) Cableway Crag (5b) avec le spectaculaire relais plein gaz  de « Barber’s Chair », une petite selle qui fait paraît il penser à un siège de coiffeur !

Enfin pour redescendre on peut bien sur emprunter de nouveau le téléphérique mais il serait dommage de se priver d’un beau sentier. Le mieux est de rejoindre le parking par India Venster qui, tout en faisant une boucle, vous fait repasser au pied des parois et autorise de magnifique vues sur des vallons sauvages et isolés.

 

Ce sera aussi l’occasion d’apercevoir les damans ou « dassies » en langage local, sorte de marmotte qui est paraît-il cousine des éléphants, et bien sur de s’extasier sur les superbes fleurs. (photos ci-contre)

Pour s’orienter, la face de Table Mountain est divisée en plusieurs secteurs, Lower Buttresses un peu en avant, Africa Ledge qui présente le plus grand dénivelé et Fountain Ledge aux toits prohéminents.

 

L’indispensable topo « The Ledge » est vendu à l’office de Tourisme ou chez Cape storm au Water Front (demander Daniel)

 

Quelques itinéraires que l'on retrouvera tracés sur une des images du diaporama.               

1 Jacob’s Ladder (5b) 2 Roulette 21(6b)  3  Jeopardy (7c+)  4 Double Jeopardy  (8a) 5 Captain Hook  (6c) 6 Staircase (4) 7 Touch and Go (6a+)   BC The Barber’s Chair

 

 

Vue de Table Mountain depuis le water front.

A ce stade il est intéressant de noter que le rocher est un grès compact, adhérent et  très sain, comparable a celui de Fontainebleau, et si les voies parcourent de belles dalles et des fissures tout à fait chamoniardes, la caractéristique de cette grimpe sont les traversées souvent à bras, ou l’on progresse en empruntant un système de vires qui vont de 10 cm de large à la confortable vire a bicyclette (toujours Cham et le Grépon !) qui permettent d’enchaîner les longueurs. Par contre il y a souvent des passages en bord de surplombs avec un gaz garanti, amplifié par la pente qui fuit jusqu’à la mer.

 

Ajoutons que nous sommes dans un ex pays du Commonwealth et donc la grimpe est très anglaise. Aucun ou de très rares pitons, généralement fort vétustes et rouillés (l’océan est au pied) et toutes les protections se font exclusivement sur coinceurs et friends, posés généralement dans les fissures horizontales appelées ici rails, peu commodes et avaleuse de vos précieux excentriques, souvent sous les surplombs.


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Au bout de la vire tout droit!!!