Japon au cœur de l’hiver !


Depuis longtemps j’avais en tête de parcourir l’ile d’Hokkaido, la plus septentrionale de l’archipel nippon, mais il y avait en filigrane comme but principal l’observation et la photographie de trois espèces spécifiques.
La grue du Japon d’abord, espèce sacrée pour les japonais, quasi disparue au début du vingtième siècle et dont la population à force de persévérance et d’efforts se monte maintenant à environ 2500 individus, le pygargue de Steller superbe aigle pêcheur et le kétoupa de Blakinston, une rare chouette pêcheuse, le rapace nocturne le plus gros au monde après notre grand-duc.
Mais pour observer ces espèces si particulières il faut se rendre dans leurs territoires en janvier ou février, c’est-à-dire au cœur de l’hiver d’Hokkaido quand les températures sont quasi polaires, que la neige tombe en abondance, que la mer gèle et que souffle le blizzard directement depuis la Sibérie par-dessus la mer d’Okhotsk !
Déjà bien étranges à nos oreilles, ces noms, comme ces ambiances, prennent toute leur saveur quand emmitouflés on part à la recherche de ces espèces.    
Avec un ami passionné de nature et de photo nous sommes partis mi-janvier et après un long vol, puis un trajet petite vitesse en voiture derrière les énormes chasses neige à l’œuvre 24h/24h, nous sommes arrivés sur la côte est de l’ile d’Hokkaido.  
Pour ce voyage que j’avais organisé en piochant des adresses, en visitant des blogs et compilant divers articles, pas d’assistance, pas de guide, mais de l’observation et de la recherche, sans oublier les précieux conseils de Matsuao san, qui sur la photo pointe les pygargues!
Dans une presqu’ile battue par les vents, les pygargues de Steller étaient au rendez-vous et ont comblés nos attentes ! Plus loin, le long d’un ruisseau de montagne perdu au bout du monde, la propriétaire d’un minshuku (chambre d’hôte au Japon) a organisé l’observation nocturne du Kétoupa et au matin le sympathique cingle de Pallas nous a impressionné par ses plongeons sous la glace !
Enfin, sur le piémont derrière la ville côtière de Kushiro, nous avons été subjugués par le spectacle des grues du Japon ! Au matin elles s’éveillent dans le lit d’une rivière fumante car alimentée en sources chaudes et bordée d’arbres ployant sous le givre. Par -25° on patiente quelques heures en battant la semelle en attendant leur envol ! Une, puis deux, puis par groupe compacts, elles s’élèvent en criant pour passer à quelques mètres au-dessus de nos têtes afin de regagner leurs gagnages. Spectacle extraordinaire de voir ces oiseaux immaculés nous frôler !
A ces « oiseaux phares » s’ajoutent bien d’autres espèces. Certaines exclusivement marines comme le guillemot à lunettes, la harelde boréale, superbe en plumage hivernal ou encore les cormorans pélagiques, les goélands de la Vega sans oublier les arlequins plongeurs bariolés. D’autres enfin plus terrestres comme les milans bruns ou les magnifiques pygargues à queue blanche ont été bien observés. Au milieu des montagnes glacées, sur certains grands lacs, les cygnes chanteurs sont rassemblés en troupe importantes à proximité de sources d’eaux chaudes, merci la nature ! Enfin au détour de forêts aux arbres couchés par le vent ou d’une façon surprenante parmi les bateaux au sec pour cause de mer gelée,  les cerfs Sika sont vus en grands nombres tandis que le goupil rouge se faufile parmi les maisons de villages que l’on dirait abandonnés….
Ce ne sont que quelques impressions paradoxalement à chaud au pays du froid mais pour bien sentir toute la saveur de ces observations….et bien…. il faut y aller et les images qui suivent tentent de vous y faire voyager !