La montagne !  Quoi de mieux pour en exprimer la passion que ce merveilleux texte de F.Shrader,

le grand cartographe des Pyrénées extrait de son livre " A quoi tient la beauté des montagnes".

"Nous nous sommes éloignés de la nature; notre vie s'est peu à peu enfermée dans des limites très étroites, très simples, très médiocres, dans un tissus de nécessités factices crées moins par sympathie que par convention, et qui peu à peu nous enveloppent nous enserrent, étouffant notre nature première, voilent les rapports qui nous liaient à l'ensemble des choses: toile d'araignée qui nous enveloppe et nous emprisonne fil après fil. Sous le poids de ces entraves la vie peu à peu se rétrécit, s'ankylose, se fait artificielle et fausse. Mais pourtant l'habitude, la seconde nature, n'arrivent guère à tuer complètement la nature première, le fond de notre être. Nous ne vivons que par les parties de nous-mêmes qui sont encore susceptibles de joie, d'admiration, d'enthousiasme, de respect, de communion avec les choses universelles. Si nous supprimons ces choses, nous supprimons toute vie.  Tout au plus parvenons-nous à les remplacer par  l'ambition, l'avidité, la soif que rien n'apaise, la vanité que rien ne satisfait.

Et puis voilà que de loin nous apercevons une montagne ! O la bienfaisante apparition ! Si elle ne nous parle plus, comme au sauvage de l'âge de la pierre, du dieu méchant  ou  inquiétant qui l'habite, elle réveille en nous, sous l'être utilitaire et médiocre, l'être simple qui s'est conservé en nous à notre insu. Elle rapetisse le cadre journalier de notre vie par son immensité, elle se hausse bien haut au-dessus de notre existence quotidienne. Sa vue secoue toutes les fibres  qui ne vibrent presque jamais, réveille des impressions vieilles de millier d'années et cependant toujours jeunes toujours fraîches. Ce charme de lumière emprisonnée, rendu visible, tangible par cet écran de lumière c'est le même qui ravissait Virgile à la chute du jour: Majoresque cadunt altis de montibus umbrae. 

Ce feu du levant et du couchant qui enflamme la rangée des hautes cimes, que nous nous en rendions compte ou non, c'est la révélation simple, évidente, irrésistible, de phénomènes non seulement très complexes, mais très vastes, presque démesurés qui nous sont et nous resteront éternellement accessibles, depuis le soleil jusqu'aux neiges, à travers l'irrespirable et l'intangible. "

En hommage au grand Schrader le panorama des Pyrénées des Posets à la Fache